Devenir Chevalier du Temple

Devenir Chevalier du Temple
Pourquoi faire ce choix aujourd’hui ?

Le monde change, le cycle change, tout change autour de nous. Et parce que tout change et que l’on comprend que tout doit changer, on prend la décision, chacun à l’heure qui est la sienne, de travailler à ce changement. Ainsi quand on a pris conscience de la nécessité pour le monde de s’élever au plan de spiritualisation qui doit être le sien en cette nouvelle ère, on décide de retrousser ses manches afin d’aider à cette difficile parturition.

Il faut du courage pour prendre des décisions spirituelles et les observer, il faut du courage pour adapter sa vie quotidienne et dans toutes ses relations à la nécessité de l’heure et du service du plus grand nombre, il faut du courage pour montrer à ceux qui nous entourent que la catastrophe Mondiale est plus importante que les menus tracas de sa vie individuelle, il faut du courage pour écarter les alibis qui jusqu’ici nous ont empêchés de participer à l’effort valeureux des Initiés, il faut du courage pour faire des sacrifices et refuser du temps à des activités non essentielle et considérer le corps comme s’il ne présentait aucun empêchement, il faut du courage …..

Mais, quelle tâche enthousiasmante que de participer à l’avènement d’un âge nouveau ! Quelle œuvre satisfaisante pour l’esprit que d’aider les autres à progresser sur le chemin qu’on juge le meilleur ! L’être s’enflamme vite, et d’autant plus qu’il est persuadé d’œuvrer dans le sens de ce qu’il considère comme le « Summum Bonum ». Parce qu’on a découvert, derrière l’arbre des apparences, la forêt du monde neuf qu’on veut contribuer à mettre au jour pour le commun des hommes, on croit, de bonne foi, s’être définitivement dégagé des liens étroits d’une vue limitée et d’un égoïsme desséchant.

« Vous êtes des bâtisseurs ! » Le mot fait vibrer la part la plus noble de notre être et l’on se sent porté par l’élan de tous ces pionniers qui ont jadis, eux aussi, conquis des mondes, ouvrant des voies nouvelles aux peuples éblouis. Notre Amérique à nous, ce ne sont plus seulement quelques hectares de terre à l’autre bout d’un fossé plein d’eau, ce ne sont rien moins que des cieux nouveaux, une terre nouvelle, par-delà l’océan de la matérialité, ne cherchez plus la Terre Sainte, elle est sous vos pieds …

« Vous êtes des Chevaliers ! » A ces mots, quelque chose en l’âme se souvient de cette croix de gueules qui claquait à la hampe des lances et au mât des blanches caravelles. Les Chevaliers du Temple la portaient sur l’habit. Christophe Colomb l’arborait sur sa voile. La Croix à toujours ornée la poitrine des braves. Les uns enfourchaient leur cheval : ils soumettaient la Terre aux lois Divine. Les autres pilotaient leurs vaisseaux : ils domptaient l’océan en ouvrant de nouvelles routes de l’espoir en un monde meilleur ou coulerait le lait et le miel. Mais nous ? Pauvres que nous sommes, où est notre cheval ? Où sont donc nos vaisseaux ? Avons-nous au cœur la force d’espérance ? Avons-nous au cœur un idéal ?

On n’est pas bâtisseur seulement parce qu’on sait qu’il y a quelque chose à bâtir. On n’est pas Chevalier simplement parce qu’on sent que cela peut apporter une dimension nouvelle dans un quotidien blafard. La Forêt de toutes les conquêtes est à jamais la Forêt Aventureuse des légendes du Graal, et nul n’y pénètre qui ne sait maîtriser sa monture et manier l’épée. Perceval lui-même, le chevalier par excellence, celui qui plus que tout autre avait, avant même que de savoir qu’il existait une chevalerie, l’âme chevaleresque, Perceval lui-même est allé faire son apprentissage chez plus expérimenté que lui : Gornemant de Goort, son parrain, qui lui enseigna l’art de monter, l’art de se servir de ses armes. Et malgré les dons naturels de Perceval, malgré toute sa bonne volonté, malgré tous ses efforts, il lui restait tant à apprendre.

Ami, si vous rencontriez un chevalier, que feriez-vous si de sa lance il vous frappait demanda Gornemant.

  • Je le frapperais à mon tour, dit Perceval.
  • Et si votre lance tombait ?
  • C’est à deux poings que je lui courrais sus.
  • Ami, cela, vous ne le feriez point.
  • Que ferais-je donc ?
  • C’est avec votre épée que vous l’iriez chercher.

Car il ne suffit pas de tenir une épée dans sa main pour connaître l’art de l’escrime, et l’Initiation Chevaleresque, si elle se reçoit au départ de la quête, se vit, s’intègre et se parfait à chaque étape du long apprentissage. Au terme de son parrainage, Gornemant de Goort invitera Perceval à manger à sa table et, mieux encore, dans la même écuelle que lui car une écuelle pour deux suffit à ceux-là qui savent s’abreuver à la même coupe. Donnez à manger à celui qui a faim et à boire à celui qui a soif. Mais Perceval aura bien d’autres épreuves à passer, d’autres chemins à parcourir. Il lui faudra encore apprendre, et désapprendre, et apprendre encore. De victoire en échec et d’échec en victoire, et l’épée dans sa main, non comme un trophée, mais comme le bourdon du pèlerin de Compostelle. Santiago, Sant-Yah-Go, vers Dieu je vais, à sa rencontre je chemine, par le voie des étoiles.

Car la chevalerie est un long pèlerinage avant que de devenir un état. Com-quérir, c’est chercher ensemble, avec. Il n’y faut pas d’orgueil vulgaire. Il n’y faut pas l’ivresse de la folie, il n’y faut pas de croyance erronée. Il y faut le désir, la confiance et la joie. Il y faut la sagesse et la persévérance. Il y faut, absolue, la démission du soi ordinaire.

Le mot pionnier nous exalte. Et pourtant, qu’est-ce qu’un pionnier ? C’est un piéton, un soldat à pied. De ceux qui pérégrinent en longues cohortes anonymes et dont le pas cadencé bat l’humble mesure des héroïsmes au quotidien. Un pionnier, c’est un pion. Mais c’est avec les pions qu’on gagne les batailles, les joueurs d’échecs le savent bien. Ce corps particulier, nourri de Tradition, qu’est encore aujourd’hui la Légion Étrangère, possède en ses rangs des Pionniers. On les voit défiler au 14 juillet, barbe longue, tablier de cuir, la hache sur l’épaule, le pas lourd et lent, presque pathétique, un pas tout à fait caractéristique que la Légion ne partage avec aucun autre régiment. Il y a quelque chose là, à comprendre, ce pas, c’est le pas des Jacquaires de tous les Peuples et de tous les temps, il martèle la Terre en la forgeant en silence de leurs pas anonymes. Ici, nous nous situons au niveau du symbole, en dehors, c’est évident, de toute connotation militaire au sens étroit du terme, qui nous ramène aux fondements mêmes de la chevalerie.

Dans la Règle du Temple du passé, au chapitre des Pénitences, il est question des Frères qui portent le gonfanon de l’Ordre dans les combats. A ceux-là, il est interdit au même titre de baisser le gonfanon que de poindre sans congé, c’est-à-dire de donner le signal de l’attaque sans en avoir reçu l’ordre. Dans un cas comme dans l’autre, si un dommage résulte de leur acte, c’est pour eux la perte de l’habit. Ce que la Règle souligne là, c’est l’importance, pour chacun et pour l’Ordre dans son ensemble, de cultiver cette vertu particulière qu’est la conscience de la responsabilité.

Car si la quête chevaleresque est une quête solitaire, c’est au sein d’une communauté qu’elle se vit, et c’est dans le monde qu’elle s’inscrit. On n’est pas chevalier tout seul. Et, parce qu’on n’est pas tout seul, chaque acte, chaque parole, est susceptible de conséquence, bonne ou moins bonne. Pourrait-on imaginer n’importe quel soldat décidant tout d’un coup, même pour les raisons qu’il juge les meilleures, de la tournure d’un combat ? La plus grande anarchie ne naît-elle pas de l’incompétence et du manque de conscience de soi ?

La conscience de soi est en effet, parmi les vertus chevaleresques, la première de toutes et la plus éminente. Non pas « qui suis-je ? », mais « que suis-je ? ». Le chevalier se définit par rapport à un Ordre, qui est le microcosme dans lequel il évolue et dont il est une cellule. Dans un corps, le bras, la jambe, l’estomac est d’égale importance pour la vie de l’ensemble. Ce qui seul importe, c’est que le bras assume sa fonction de bras, la jambe sa fonction de jambe, l’estomac sa fonction d’estomac. C’est que chaque membre, chaque organe ait pris conscience de la responsabilité que sa fonction implique dans la vie globale de l’organisme. C’est que chacun ait pris conscience, tout simplement, qu’il a une fonction à remplir.

Etre chevalier, c’est se vouer à l’action. Il y a une circonspection, une prudence, qui sont la marque de l’authentique chevalerie. Le chevalier ne se lance pas dans l’action sans prendre la mesure des choses et, en tout premier lieu, de soi. La vraie bravoure n’a de place ni pour la témérité, ni pour l’indifférence.

La conscience de soi n’a de place ni pour l’orgueil, ni pour la fausse humilité. Le chevalier parfait est celui qui sait aussi bien retenir ses élans que se lancer dans l’aventure, aussi bien marcher en tête qu’assurer l’arrière-garde. Dans la Règle du Temple, celui qui manquait, fût-ce une seule fois, à cette éthique fondamentale ne pouvait plus jamais exercer la fonction de commandeur au combat.

Il risquait les fers, ne pouvait plus porter le gonfanon et demeurait passible de la perte de l’habit. La Règle était très dure pour ceux qui, pour quelque raison que ce soit, pouvaient mettre en péril la vie d’un Frère, de la Maison ou de l’Ordre dans son ensemble. Non Nobis. C’est cette humilité fondamentale, ce don de soi, qui est exigés de plus en plus expressément du chevalier à mesure de sa progression vers l’état de chevalerie.

Etre chevalier aujourd’hui, certes, ce n’est plus monter à cheval pour en découdre avec les Sarrasins. Mais il est d’autres chevaux, et d’autres Sarrasins. Etre chevalier aujourd’hui, ce n’est plus exactement gérer une Maison du Temple, cultiver la terre et célébrer les heures.

Mais il est d’autres demeures à gérer, d’autres terres à travailler, d’autres prières à formuler. Etre un pionnier aujourd’hui, ce n’est plus vraiment s’enquérir des Indes, qu’elles soient de l’est ou de l’ouest, et nous n’avons plus de bateaux. Mais il reste la croix, cette croix de gueules brochant sur le manteau blanc de la part la plus pure, la plus noble, de l’être.

Il reste la croix, cette croix qui consacre et qui grave son empreinte sur chaque geste, sur chaque parole, sur la moindre pensée. Il reste la croix. Il reste la Règle. Il nous reste ce pas, cette cadence lente du pèlerin sans nom qui va dans le silence, au milieu de la foule de la longue marche des hommes.

Notre monture aujourd’hui, c’est ce que nous sommes vraiment : ce « moi » qu’il faut mener au combat, qu’il faut apprendre à guider, à stimuler, à retenir. Cela ne s’improvise pas. Cela s’apprend. Cela s’acquiert. Cela s’expérimente. Il y faut l’humilité, le sens de l’effort, la discrimination, la conscience de soi.

Les Sarrasins d’aujourd’hui, ce sont peut-être au premier chef ces ennemis que nous découvrons en nous-mêmes chaque fois que nous acceptons de nous regarder en face. Oui, nous avons encore une maison à gérer, des terres à cultiver, des prières à dire. Nous avons un corps, un esprit, une âme. Nous avons un patrimoine à faire fructifier, comme le régisseur de la Parabole des Talents.

Nous sommes les comptables scrupuleux de notre être : c’est peut-être à cette seule prise de conscience que tient le véritable accès à l’état de chevalerie. Et parce que nous sommes responsables de nous-mêmes, nous devenons responsables de tout ce qui nous touche, et ainsi, de proche en proche, en commençant par les plus intimes, et en s’élargissant toujours plus, que nous devenons solidaires de l’univers entier.

Etre chevalier aujourd’hui comporte les mêmes exigences qu’à l’époque du Temple : Conscience de soi, conscience de sa fonction, conscience de participer à une œuvre qui nous dépasse, qui a commencé bien avant nous et qui se poursuivra bien au-delà de nous.

Etre chevalier, aujourd’hui comme hier, c’est accepter d’être un pionnier, d’être un pion dans la main de Dieu, quel que soit le nom qu’on lui donne, c’est vouloir être ce pion, c’est aimer être ce pion, et devenir, à force d’interroger le ciel pour trouver son chemin, l’écho silencieux de ces conquistadores qui regardaient monter à la proue des vaisseaux, du fond de l’océan, des étoiles nouvelles.

La chevalerie d’aujourd’hui n’a pas besoin plus que celle d’hier de matamores et de héros empanachés. Bien au contraire, le chevalier fait œuvre de chevalerie chaque fois qu’il agit dans le silence. Il y a, dans le cœur du chevalier authentique, l’obscur et terrible combat de Cyrano de Bergerac, jusqu’au bout de la quête, jusqu’à la démission du soi. « Bienheureux le serviteur qui ne se glorifie pas plus du bien que le Seigneur dit et opère par lui, que du bien que le Seigneur dit et opère par un autre. »

La Règle franciscaine est une Règle de chevalerie. Saint François n’aspirait-il pas lui-même à devenir troubadour, ou chevalier ? La Règle de Saint Benoit n’en est pas moins chevaleresque non plus.

Le chevalier de tous les temps n’est qu’une voix parmi l’infinité des voix qui chantent depuis toujours le chant sublime des Créatures. Entre la Créature et le Créateur, il y a cette mélodie subtile qui s’exhale de l’être qui s’est reconnu, et qui s’immerge pour atteindre les rivages nouveaux de l’au-delà du soi.

Quelle tâche plus enthousiasmante ! Quelle œuvre plus satisfaisante pour l’esprit ! Mais aussi quel engagement, quelle discipline, quel effort !

Avant d’être un état, la chevalerie est une ascèse, un exercice permanent, un travail sur soi-même qui ne souffre ni allègement ni repos. Le chevalier est un être en marche, un pèlerin qui apprend à devenir conscient de chacun de ses pas. La croix, il la porte gravée sur le cœur. Elle prolonge son reflet sur chacun de ses actes et sur chacune de ses pensées.

Chacun de ses pas le consacre, et consacre en même temps le chemin parcouru. La pureté du regard qu’il porte sur les choses est à jamais fonction de la pureté de son être. Il est comptable de lui-même, comptable de tout ce qu’il touche. Quel qu’il soit, à quelque niveau qu’il se trouve de la grande chaîne des êtres créés à laquelle il est conscient d’appartenir, il est ce manteau blanc broché de la croix rouge, il est ce cœur pur frappé du sceau de la consécration.

Il ne s’agit pas de changer de vie, mais de changer sa vie, tirer un trait sur le passé n’est pas l’oubli et la mémoire nous joue parfois des tours pendables, nous amenant à prendre des mirages, ou des phantasmes pour des réalités tangible et inébranlables.

Chaque jour, je prends cette décision de tracer une nouvelle frontière entre moi et moi, et j’en suis le gardien, le douanier qui contrôle, le juste équilibre entre le vieil homme et l’homme nouveau couvert du manteau blanc du silence et de l’humilité.

Car je suis celui qui n’est ni né du sang, ni d’un vouloir de chair, mais de Dieu, pas celui de Rome ou des nuages, mais celui qui réside en moi, par ce que je lui ai fait une place suffisamment grande, suffisamment nette pour qu’il puisse demeurer en moi, non comme un nouveau maitre, mais comme un ami, c’est le Shadaï des pèlerins d’Emmaüs.

J’ai pris la décision que le maitre du mensonge ne serait plus mon maitre, je crois l’avoir jusque-là bien servit et je m’en suis bien repentit, alternant tour à tour, les rôles de victimes et de bourreau, comme sur la roue de fortune, j’entends encore son rire grinçant, glacer mon sang jusqu’à la peur.

Le processus Initiatique entre la décision et l’entrée aux bénéfices de la Maison et le moment le plus dur, chargé d’angoisse, de difficulté, de prise de conscience des problèmes et des efforts constants à accomplir pour se clarifier. Cette expression indiquant que l’objectif premier du Chevalier est de se clarifier, de se rendre clair pour laisser pénétrer en lui la lumière de la grâce. Par son acte volontaire accéder à une réceptivité sensible à toutes les formes de vie divine, c’est une forme par laquelle l’aspect le plus bas de l’amour divin, la bonne volonté, peut passer sans entraves.

Que la divine providence qui t’a conduit jusqu’à ces lignes, guide ton cœur et ton Âme sur le sentier de probation des Initiés du Temple, prends la décision la plus juste pour toi, deviens ce que tu es refuse l’égoïsme et tranche la fatalité qui te poursuit depuis ta naissance, soi ton nouveau Baptême, et si demain tu devais mourir, au moins ce serait l’Epée à la main !

Vive les Chevaliers !

Non Nobis, Domine, Non Nobis, Sed Nomini Tuo, da Gloriam